Il était une fois... une jeune fille.
Elle était en quatrième, et elle venait de déménager dans le trou du cul du monde une charmante petite campagne.
Jusqu'alors, elle avait été une fille assez appréciée, principalement parce qu'elle ne faisait pas d'histoires, elle était gentille et naïve, et parce qu'elle faisait des anniversaires où l'abondance de bonbons et de gâteaux.
La voila qui déménage, qui s'en va, qui passe de la ville à la campagne, de la diversité à l'uniformité, de son terrain de jeu d'enfance à un monde inconnu.
Elle a du mal à retrouver des repères, s'adapter à ce nouveau monde. Et la nourriture, le chocolat blanc, les chips, lui donnent du réconfort. L'aident à oublier qu'elle s'ennuie ici, qu'elle n'arrive pas à s'adapter complètement. Qu'elle a beau essayer, cela ne colle pas avec ces nouvelles connaissances. Qu'une seule personne, son meilleur ami devient sa bouée, et que tous les autres lui semblent si loin...Mais elle ne veut pas rester seule. Elle veut reproduire ce qu'elle avait toujours connu, elle veut être appréciée. Tant et si bien, elle gomme une partie de sa personnalité, elle surjoue, elle devient une autre.
Et le chocolat, les chips, le gout fondant ou croquant, salé ou sucré, l'aide. Elle sort moins, parce qu'elle n'est pas à l'aise, préfère rester chez elle et manger en regardant la télé ou en jouant aux Sims.
Et puis deux ans passent. Elle s'arrondit, se fait des amis, mais s'ennuie. Vite, vite, vite le brevet, le collège, ces deux années interminables sont bouclées.
Elle passe un été superbe. Elle va en colonie, et retrouve ses repères, se reconnait à nouveau. Après ces années à se forcer à être une autre, à se retenir, se restreindre pour entrer dans le moule, elle redevient naturelle. Et ce qu'elle voit dans les yeux des autres lui plaît. Les gens l'aiment comme elle est, naturelle. Elle s'affirme, et garde un souvenir impérissable de ces jours en Italie, qui lui ont permis de revoir, de reconnaître à nouveau celle qu'elle était.
Il était une deuxième fois... le lycée.
Armée de ses nouvelles résolutions, rendue confiante par son été, la jeune fille entame le lycée avec un peu plus d'assurance. Cela lui vaudra des rencontres au delà de ses espérances. Elle devient amies avec des filles, en particulier deux filles, qui vont lui permettre d'acquérir une nouvelle assurance. Elle a plus confiance en elle, se fait de plus en en plus d'amis et retrouve son naturel sociable. C'est tellement plus facile pour elle, d'aller voir les gens, de rire aux éclats, quand elle se sent si bien.
Elle devient plus coquette : côtoyant des filles très féminines, elle va commencer à s'arranger, d'abord pour ne pas leur faire honte, et puis pour elle. Cela lui fait plaisir d'être féminine. Et elle qui cachait ses cuisses dans les pantalons, va connaitre le bonheur des robes.
Et le lycée passe, et elle se fait de plus en plus de relations, et un jour, elle arrive en terminale, et se rend compte qu'on la connait. Mon Dieu, elle aimerait avoir la force de se dire que cela n'a aucune importance, que l'on est pas dans un lycée américain. Mais si, malheureusement, dans son lycée de campagne, cela en a.
Pourtant, elle ne courrait pas après la reconnaissance ! Elle avait juste compris que toutes ces conneries du style "aime-toi d'abord ", " On s'en fout du regard des autres" " Accepte toi"... Et bien, tout ça, c'était vrai.
Elle avait redécouvert son caractère d'origine, ajoutée à une couche d'assurance d'abord feinte puis acquise et elle acceptait le fait qu'elle n'était pas une belle fine blonde jeune fille qui faisait du 36. Et que ce n'était pas grave. Qu'elle avait le droit d'être heureuse, de frimer, de se prendre pour une diva même, alors qu'elle ne faisait pas du 36, qu'elle n'avait pas de longs cheveux blonds et des yeux clairs.
C'était la fin du lycée. Elle avait trouvé des gens qui l'appréciaient pour elle-même, et surtout, elle s'appréciait elle même. On l'appréciait même assez, sans qu'elle aie à se forcer.
Elle avait couru après cet idéal puéril, stupide, débile de popularité pendant ces deux ans au collège de sa petite campagne sans y arriver.
Quand elle avait arrêter de se forcer, puis arrêter tout court et commencé à vivre, c'est là qu'elle avait commencé la vie qui lui plaisait.
Le lycée s'éloigne d'années en années, mais les souvenirs restent vivaces.
Je me suis bien amusée quand même...
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